La mobilité urbaine en Inde, un développement hétérogène – Delhi

Date: 25 fév 2016
Cat: Inde

Un témoignage de Somendra Gautham, un habitant de Delhi.

L’Inde est un pays à la taille d’un continent. Bien entendu, chaque ville a son propre système de transport urbain et leur niveau de développement est hétérogène. Delhi, capitale de l’Inde, a beaucoup travaillé à l’amélioration et la modernisation de son système de transport.

Ces dernières années, Delhi s’est équipé d’une nouvelle flotte de bus plus confortables et plus sûrs.  En 2010, la première ligne de métro indienne est entrée en fonction à New Delhi. Cependant, des améliorations sont encore nécessaires pour faciliter la vie quotidienne des habitants.

Gautham

Somendra Gautham (Commercial pour Centrum Defence Systems Limited résident à Delhi) a partagé avec nous sa vision des systèmes de réseaux de transport urbains à Delhi et quelques pistes pour les améliorer.


Que pensez-vous de la mobilité urbaine en Inde, plus particulièrement à Delhi ?

« Dans l’ensemble, la mobilité urbaine en Inde s’améliore »

Une nouvelle flotte de bus

Les évènements sportifs comme le CWG (Common Wealth Games) organisés par Delhi en 2010 ont servi de déclencheur à l’amélioration des systèmes de transport public. « Pour preuve, avant 2010, Delhi avait seulement une vieille flotte de bus ».

Le fond CWG a permis à Delhi de renouveler sa flotte et de la moderniser avec l’achat « de bus avec air conditionnés et plancher surbaissé. Concrètement, il y a eu une amélioration notable des conditions de transport public pour les habitants ».

Pour les européens, l’impact semble minime. Cependant, à Delhi, la température peut facilement dépasser les 45 degrés en été !

Bus Low Floor Delhi

Lancement de la première ligne de métro en Inde  à Delhi en 2010…

« Le lancement de la première ligne de métro de Delhi, en 2010 est historique ! ». C’est le premier métro indien ! Depuis, plusieurs villes ont  suivi cet exemple et ont mis en fonction leur propre ligne (ou ont pour projet) : Chennai, Bangalore, Mumbai, Kochi.

Aujourd’hui, le réseau de Delhi a une couverture assez large. Le métro est le premier moyen de transports urbains à Delhi. Il est majoritairement plébiscité par les voyageurs du fait de sa disponibilité, sa facilité d’utilisation et son impact très faible sur l’environnement.

delhi-metro-train

… soutenu par des innovations permettant aux utilisateurs de commuter depuis leur domicile aux stations de métro facilement (LMC : Last Miles Connectivity)

La ville de Delhi a pensé globalement à son système de transport. Elle a lancé plusieurs initiatives pour améliorer l’accès aux stations de métro (aussi appelé en anglais Last Miles Connectivity). Concrètement, il s’agit de facilité la commutation des citoyens depuis leur domicile jusqu’aux arrêts de métro.

Le gouvernement a favorisé l’apparition de e-rickshaw dans les rues de la capitale. Ces nouveaux rickshaw fonctionnent à l’électricité et effectuent des trajets entre les arrêts et les quartiers résidentiels. Ils remplacent les rickshaw à bras ou à vélo. Leurs principaux avantages : ils peuvent avoir 4 passagers versus 2 pour les rickshaw à vélo, n’impactent pas l’environnement (pas d’émission de CO2) et le coût au kilomètre est la moitié du prix d’un rickshaw habituel.

E Rickshaw - Pollution free battery operated rickshaw near India Gate area.

Photo by K Asifa 27/07/2012

En conclusion, chaque jour la mobilité urbaine s’améliore. En revanche, « les transports urbains ont toujours besoin d’être améliorés et gagner en efficacité ».

Quels sont challenges les plus importants que rencontre l’Inde ?

graph delhi

Le principal défi de Delhi et de la plupart des grandes villes émergentes réside « dans son augmentation démographique. Les ressources/infrastructures existantes sont de plus en plus saturées. En effet, chaque jour de plus en plus de personnes voyagent désormais en bus. Ils sont saturés et les voyages en deviennent plus inconfortables. »

La population de Delhi a augmenté de 10% ces 5 dernières années (de 2010 à 2015). Aujourd’hui, elle est déjà proche des 18 millions d’habitants soit 9 fois la taille de Paris intra-muros (source, étude INSEE 2015). La plupart des études démographiques s’accordent à dire que Delhi devrait atteindre 36 millions d’habitant d’ici 2050.

Le second défi que rencontre l’Inde est l’intégration de  logiciel de planification pour permettre l’accès à l’information sur le trajet des bus. Il est très difficile d’obtenir des informations sur « la disponibilité et la fréquence des transports urbains, particulièrement des bus ». Il n’existe pas d’application modale ou multimodale telle ratp.fr en France pour pouvoir planifier son voyage.

Delhi metro station

Metro station delhi

Pour le métro, c’est généralement plus facile (en témoigne la photo ci-dessus). Cependant, il s’agit d’indication textuelle ce qui suppose que le voyageur soit : alphabétisé et qu’il connaisse soit l’anglais soit la langue locale. En chiffre, l’Inde a 2 langues officielles, 22 langues constitutionnelles et 400 langues parlées (source statistique mondiale). Selon le journal economic time of India 2015, « le taux d’alphabétisation dans les zones urbaines en Inde est de 86% ».

Delhi bus station

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Pour les bus, il n’y a pas d’indications claires à l’arrêt de bus qui permettraient aux voyageurs de connaitre le passage du prochain bus.

Il est très difficile pour l’utilisateur de planifier son voyage.


Quelles sont vos propositions pour améliorer l’existant ?

Un sujet très lié aux plans gouvernementaux

De manière générale, les transports urbains sont toujours intimement liés aux organisations gouvernementales car il s’agit d’un service public pour les habitants des villes. Il en est de même en Inde. De ce fait, pour améliorer la vie quotidienne : « une allocation du budget de la part du gouvernement central, des stratégies d’urbanisation et une planification des projets sont requis. 

Par ailleurs, il serait très intéressant que le ministère du transport travaille en collaboration avec d’autres pays. Ils pourraient ainsi bénéficier du transfert de connaissances et des bonnes pratiques  existantes. »

L’Inde a d’ores et déjà commencé à travailler sur le sujet de la mobilité urbaine en lançant le programme JNNRUM (Jawaharlal Nehru National Urban Renewal Mission), devenu AMRUT en 2015. Ce programme couvre différents axes d’urbanisation (eau, énergie,…) avec un intérêt particulier pour les transports urbain. En complément de ce programme, le nouveau gouvernement de Premier minsitre Modi a lancé une nouvelle initiative. Le programme Smart City vise à  un développement intelligent de 100 villes sélectionnées en Juin 2015. La France a un partenariat avec les villes de Pondichéry, Nagpur et Chandigarh dans le cadre de ce programme.

« Globalement, l’Inde travaille donc activement à l’amélioration de ses systèmes de transport urbain. Néanmoins, pour être plus efficace, les états et l’Etat doivent également travailler en collaboration. »

Codatu

Une construction rapide des infrastructures dites « basiques »

L’Inde, jeune et dynamique pays au taux d’urbanisation et de croissance extrêmement rapide, doit rattraper les besoins des infrastructures actuelles et se préparer à assouvir les besoins futurs. Il s’agit d’une course contre le temps : « Travailler sur les infrastructures dites basiques… pour voyager nous avons besoins de routes, de ponts. Ils doivent être construits rapidement ».

Bien sur, « la planification et l’implémentation d’autres bonnes pratiques sont importants mais l’Inde doit d’abord penser à implémenter les bases. »

Delhi et ces administrations travaillent chaque jour à gagner cette course pour faciliter la vie quotidienne des habitants : leur permettre de vivre, travailler et se déplacer facilement !