La mobilité urbaine en Inde, un développement hétérogène – Bangalore

Date: 10 mar 2016
Cat: Inde

L’exemple de Bangalore vu par un étranger

L’Inde est un pays immense peuplé par plus d’un milliard de personnes. Bien entendu, nous n’avons pas la prétention de pouvoir décrire tous les transports en commun existant.
Cependant, nous pouvons vous donner un aperçu de notre expérience à Bangalore (où nous avons vécu pendant près de deux ans).

Selon nos critères européens, une ville de plus d’un million d’habitant (par exemple : Paris) est une grande (voir très grande) métropole avec :

  • Un système de transport urbain disponible : métro, bus ou vélo en libre service. Sans les transports en communs (grève, travaux ou panne), une ville européenne peut-être totalement paralysée – Exemple : panne du RER B à Paris.

  • Une gestion multimodale efficace et coordonnée. (Certains se reconnaitront) comme un parisien peut-être frustré s’il doit attendre son métro 7 minutes plutôt que 2.

India

Pourtant, en Inde, c’est totalement différent. Nous pouvons prendre l’exemple de Bangalore.

Bangalore_Panorama_edit1

 

  • Situation géographique : : la ville est située au sud de l’Inde dans le « département » du Karnataka. Ce département accueille tout de même 64 millions d’habitant, une population presque égale à la France. Bangalore en est la capitale.
  • Population: Comme beaucoup de grandes métropoles indiennes, Bangalore a vu sa population exploser ces 10 dernières années passant de 5,6 millions d’habitants en 2001 à 11 millions en 2015. Pourtant, Bangalore n’est pas la ville la plus peuplée d’Inde. A titre de comparaison, Bombay accueille près de 22 millions d’habitants en 2015.

  • Economie : Bangalore est souvent qualifiée de Silicon Valley de l’Inde car elle accueille de grandes entreprises Indiennes et Mondiales comme : Tata, Airbus, L&T, Thales, Honeywell, Infosys, Auchan, Décathlon, Amazon…

Pour résumer, Bangalore rempli tous les critères Européens pour être qualifiée de grande métropole !
Allons plus loin dans leur système de transport.

Premier chapitre : Quels transports urbains existent-ils à Bangalore ?


Les transports publiques

  • 1 métro: Bangalore has only one metro line with 5 metro stations so far (the expansion Bangalore a seulement une ligne de métro avec 5 stations pour le moment (une expansion est d’ores et déjà planifiée dans les années à venir). Le métro est très propre mais ne dessert pas toute la ville de Bangalore. Comme la ville a été construite très rapidement, il n’est pas possible d’avoir un métro souterrain. Le métro est donc aérien ce qui implique des piliers sur les axes urbains routiers. Il est très difficile de construire ce type de métro dans une ville avec un trafic routier déjà saturé car ces piliers entrainent des congestions supplémentaires.
  • Bus : Les transports publics de Bangalore sont coordonnés par une administration publique; BMTC (Bangalore Metropolitan Transport Corporation). En 2011, le BMTC annonçait déjà une flotte de 6472 Bus, 4,9 millions de passagers par jour et 2398 routes. Différents types de bus sont disponibles à Bangalore :
  • Ordinary services
  • Vajra services
  • Pushpak services
  • Volvo BS-IV services
  • Atal Sarige services
  • Suvarna services
  • Grid roud services
  • Women services
  • Bangalore rounds services

Le prix du ticket depend du service sélectionné. Il passe du simple au double si vous choisissez un bus avec ou sans air conditionné. Pour information, si le bus choisi est sans air conditionné, le voyage peut s’avérer très éprouvant. Les températures atteignent facilement les 42 degrés pendant les saisons estivales.

Dans quasiment tous les bus, il y a une partie réservée exclusivement aux femmes pour éviter des débordements. Si un homme se trouve par erreur dans la zone féminine et qu’il n’est marié à aucune d’entre elle, il peut être s’attirer les foudres de la communauté. Les femmes peuvent s’offusquer et aller jusqu’à insulter cet homme.

Les bus sont très souvent saturés et vous êtes coincés entre une personne, une porte ou une fenêtre (si vous êtes chanceux).

Il est difficile de connaitre les trajets des bus. De plus, les bus n’ont pas tous un système pour informer de leur destination finale à leur arrivée à la station de bus (exemple des panneaux de signalisation à LED que l’on retrouve dans les grandes villes européennes). Enfin, les chauffeurs sont payés en fonction du nombre de passagers qu’ils transportent par bus, cela peut conduire à certaines « dérives ».

  • Vélos : Pour le moment, je n’ai pas pu apercevoir de système de partage de vélo à Bangalore, du type vélib en France. Cependant, j’ai pu entendre quelques initatives depuis 2011. L’une d’entre elles est le programme ATCAG. Cependant, ce pilote n’a qu’une flotte de 45 vélos et 9 stations pour une mégapole de plus de 10 millions d’habitants. Par ailleurs, plus qu’un problème de disponibilité, il y a plusieurs obstacles majeurs pour l’implémentation d’un système de partage de vélo à Bangalore :
  • Les routes ne sont pas faites pour des vélos. Il n’y a aucune piste cyclable.
  • Culturellement les indiens ne sont pas friands d’utiliser des vélos. Ce véhicule est la plupart du temps associé à la pauvreté.

Les transports privés

  • 160 000 Auto-Rickshaws: Ces véhicules sont utilisés quotidiennement par tous les Indiens (du plus pauvre au plus riche). C’est toujours une aventure pour un étranger. Laissez-moi vous expliquer :
  • 1ère étape : Arreter un rickshaw – ils peuvent être déjà occupé, il vous est impossible de le voir avant qu’il ne passé à côté de vous. Ils n’ont pas de système lumineux (rouge/vert) pour signaler s’ils sont occupés.
  • 2ème étape : expliquer votre destination – il est parfois difficile pour un étranger et/ou un indien d’une autre région d’expliquer sa destination finale. Vous avez plusieurs options, pour les étrangers n’oubliez pas de rouler les R, sinon vous pouvez montrer votre destination sur une carte de téléphone ? En tous les cas, mettez toujours en avant des “landmark” : supermarché, quartier, cinéma…
  • 3ème étape : la négociation – Si vous commencez par vous tromper en nommant un rickshaw comme “touk touk”, vous pouvez être sur de payer le double. Votre cible est de 11 à 12 roupies du km, bougez votre tête à gauche/droite, souriez et demandez le meilleur prix. Vous devriez payer un petit peu plus que votre prix cible. A la finalité, c’est une situation gagnant-gagnant.

Le saviez vous ? Les Rickshaws vert fonctionnent au gaz alors que les rickshaws noirs sont les ricks dits “pollueurs”.


Photo Rickshaw
  • Uberization et taxi: Je ne peux seulement qu’imaginer la réaction de certains d’entre vous en réalisant qu’en Inde il y a Uber. Le système de “partage de voiture” est présent en Inde depuis 2015 avec Uber mais aussi Ola, mGaadi, Meru et bien d’autres.
    Ce transport d’un genre nouveau avec un modèle économique différent de celui des taxis habituels est apparu au début 2015. Ce fut une révolution car la pénétration des smartphones en Inde explose. Par ailleurs, Uber et Ola ont tous deux fait le choix d’avoir une flotte de voiture et de rickshaw. Depuis, il est beaucoup plus facile d’obtenir votre « prix cible » en commandant un rickshaw (ne vous inquiétez pas, vous devez toujours secouer la tête de droite à gauche :o) )
Ola App (1)

Les transports personnels

  • Motos : Les motos ou les deux roués sont les moyens de transports privés les plus utilisés par les habitants de Bangalore. En 2011, le BMTC annoncait 5 fois plus de véhicules à 2 roues que de voitures.
  • Voitures : Les voitures sont partout à Bangalore. Selon le journal “Times of India”, Bangalore était la deuxième ville Indienne avec le plus de voiture (quantitativement) après Delhi en 2015. En quinze ans, le nombre de voiture a explosé (plus de 250%) passant de 1,5 Millions de véhicules à 5,5 millions. C’est un vrai fléau pour la ville car cela impacte la saturation des axes routiers, la pollution de l’environnement et plus généralement la qualité de vie des habitants. Pour informations, il peut facilement y avoir 10 rangées de voiture sur une même route.
Car congestion 2
Car congestion

Pour résumer, le système existant de transport urbain en Inde est totalement différent de celui que nous connaissons en Europe. Bien sur, l’Inde travaille quotidiennement à le développer et l’améliorer. Cependant, ce ne peut être un copier coller de nos modèles européens car la culture, l’histoire et l’architecture ne sont pas comparables.

Restez connecter pour le deuxième chapitre de notre exploration sur les cas d’usage !


Sources :

http://www.internationaltransportforum.org/jtrc/DiscussionPapers/DP201118.pdf