Bogota et la Hollande main dans la main pour améliorer la mobilité urbaine

Date: 10 mai 2016
Cat: Colombie, Politique urbaine, Sécurité, Vélo

Le 26 Avril dernier, Urbanovacion a eu la chance de participer à la conférence sur les déplacements à vélo. Cet évènement s’est tenu en marge de la foire au livre de Bogota où le Pays-Bas était l’invitée d’honneur. Lors de cet échange étaient présents : l’actuel maire de Bogota, Enrique Penalosa, l’ambassadeur des Pays-Bas et des experts Hollandais et Colombiens. Le but, échanger ensemble sur les facteurs pouvant améliorer l’utilisation du vélo comme moyen de transport à Bogota.

Voici, un résumé des échanges très intéressant auxquels nous avons pu assister !

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La foire aux livres de Bogota, évènement phare de la ville, avait comme invité d’honneur pour l’année 2016 : les Pays-Bas. En marge des évènements littéraires, plusieurs évènements liés à l’usage du vélo comme moyen de transport ont été organisés. Le dimanche, la traditionnelle ciclovia s’est transformé en une ciclovia naranja (ciclovia orange) pour faire honneur aux Pays-Bas.

Le lundi 26 Avril, en marge de la foire aux livres, fut organisé la « Conferencia sobre la Bici » (ou conférence sur la bicyclette) avec des intervenants éminents comme : Enrique Penalosa (actuel maire de Bogota et initiateur du Transmillenio lors de son premier mandat de 1998 a 2001), Hoover Penilla (commandant de la police de Bogota), Monsieur l’ambassadeur du Pays Bas, Hanneke Brow (responsable des programmes de polices cyclistes aux Pays-Bas) et Stefan Bendiks (urbaniste hollandais). Le but : profiter de la présence d’intervenants Hollandais pour découvrir comment améliorer et faciliter la mobilité des cyclistes à Bogota.


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La situation actuelle

« Aujourd’hui, 6% des trajets journaliers sont effectués par vélo. Cela représente près de 50 000 personnes et fait de Bogota la ville d’Amérique Latine avec le plus grand pourcentage de trajets cyclistes », déclare fièrement Enrique Penalosa. Pourtant Bogota n’a pas mis en place les systèmes de vélos partagés que l’on retrouve dans la majorité des villes occidentales (vélib, vélo,…) ou à Mexico (ecobici).  En moins de 10 ans, ce pourcentage a cru de 5,5 points et l’objectif de Penalosa, élu récemment, est d’aller encore plus loin et atteindre les 10% dans les prochaines années !

« Une communauté importante de cyclistes a un impact évident sur : le trafic, la pollution de l’air et la qualité de vie en générale. Il est donc primordial de s’y pencher », Enrique Penalosa.

Aujourd’hui, le gros problème qui se pose à Bogota est la sécurité pour les cyclistes en terme de :

  • Sécurité physiques : la majorité des morts sur les routes de Bogota sont des piétons ou des cyclistes.
  • Sécurité des biens : beaucoup de cyclistes témoignent de vols de leur vélo ou de rackets lors de l’utilisation de leur vélo.

 

« Il faut trouver une solution pour améliorer la sécurité de cette communauté. Il s’agit des principes mêmes de notre constitution : chaque communauté est égale et doit avoir accès au même degré de sécurité, à la même place sur la route… que ce soit cyclistes ou piétons ! », Enrique Penalosa.

La ville de Bogota a donc décidé de travailler main dans la main avec les experts néerlandais pour améliorer les conditions d’utilisation du vélo !

Les recommandations Hollandaises

Les experts Hollandais, Hanneke Brow et Stefan Bendiks, se sont relayés pour évoquer les pistes de travail pour la ville de Bogota.

  • Infrastructure :
    • Une ville doit intégrer le vélo dans son système de transport et ne pas l’isoler des autres moyens de transport : il faut penser multi-modalité !
    • Il est nécessaire de penser aux espaces de stationnement des vélos lors de l’utilisation d’autres systèmes de transport. Stefan Bendiks évoque l’exemple d’Utrecht qui a plus de 20 000 parkings à vélos !
  • Culture :
    • La Hollande a depuis longtemps intégré le vélo comme moyen de commutation. Il s’agit d’une véritable philosophie !
    • Il faut envisager la communauté cycliste indépendante culturellement de la communauté automobile. Stefan Bendkis évoque l’exemple des « rollings stops » aux états unis. Certaines villes ont autorisés aux vélos à ne pas s’arrêter aux feux rouges mais à seulement ralentir.
    • Il est recommandé de créer une communication entre les différentes communautés. « Pour exemple, Copenhague a imposé aux chauffeurs de taxi d’avoir des portes vélos. Ils ont ainsi pu prouver aux conducteurs que les cyclistes ne sont pas leurs ennemis et peuvent être également leurs clients », Stefan Bendiks .
  • Sécurité :
    • Il est nécessaire d’apporter des outils à la police. Certains pays n’ont pas les lois adaptées pour protéger les communautés cyclistes : « ce n’est pas un bon signal quand un contrevenant est arrêté et qu’il est relâché dans la même journée », Hanneke Brow.
    • Il faut « créer des interactions avec les citoyens et les encourager à communiquer avec la police. Il s’agit d’une approche long terme basée sur la communication et la proximité de l’ensemble des acteurs des différentes communautés », Hanneke Brow
    • Concernant le programme de police à vélo qui permet plus de proximité avec les citoyens et une intervention plus rapide à certains endroits, « il est nécessaire de jouer sur le visuel en utilisant des uniformes particuliers et des vélos reconnaissables », Hanneke Brow.
Baby You Can Ride My Bike

Exemple d’intermodalité dans la ville de Barcelone –  (photograph: Patrick Lydon | sociecity)


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Parking à vélo d’Utrecht – Photo : http://blog.velib.paris.fr/


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Policier à vélo – Bogota – Photographe : Marie Quinquis

Beaucoup de pistes ont été évoquées durant cet échange et les deux pays vont continuer à travailler ensemble sur ce programme. Cependant, Hanneke Brow l’évoque clairement chaque pays à ces différences et Bogota ne pourra pas copier/coller l’expérience Hollandaise mais en tirer grandement partie.